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21 mai 2007

Les enjeux de la carte scolaire ne sont pas les mêmes à Paris qu’en province par Marie Duru-Bellat, sociologue

mai 2007
Il ne faut pas s’arc-bouter sur la carte scolaire mais la redécouper, car aujourd’hui, elle a tendance à entériner la ségrégation spatiale. On ne saurait la défendre dès lors que certaines parents, dans les zones les plus défavorisées, se sentent enfermés. Les élus pourraient travailler à un redécoupage en camembert en lieu et place des cercles concentriques allant d’un centre chic à des banlieues populaire...

Les enjeux de la carte scolaire ne sont pas les mêmes à Paris qu’en province, selon Marie Duru-Bellat

Comment améliorer les recherches sur la carte scolaire ? La MSH (maison des sciences de l’homme) de Dijon (Côte-d’Or) organisait, mardi 15 mai 2007, une journée d’études intitulée "Analyse de la ségrégation spatiale et scolaire : croisements disciplinaires et questions de méthodes". Réunissant des sociologues, des économistes et des géographes s’intéressant à la ségrégation spatiale, la ségrégation scolaire et à leurs interactions, elle visait à réunir des équipes de recherches n’ayant pas l’habitude de travailler ensemble et à faire émerger de nouvelles démarches scientifiques. Marie Duru-Bellat, sociologue à l’IREDU (Institut de recherches en éducation), l’une des organisatrices de cette journée, répond aux questions de L’AEF.

L’AEF : Que retenez-vous de cette journée scientifique consacrée à la sectorisation ?

Marie Duru-Bellat : Cela a permis aux participants de se rendre compte que la sectorisation était un thème de recherche majoritairement traité à Paris et en Île-de-France. Or, ce modèle dominant de recherche conduit à une vision très polarisée de la carte scolaire, opposant, par exemple les familles très "chics" et très utilitaristes de Neuilly-sur-Seine à celles des "quartiers". Une telle dichotomie n’existe pas en province, notamment parce que la concentration de cadres supérieurs et de professions libérales n’y est pas aussi forte, mais pas seulement. Le contexte historique et les aspects morphologiques d’une ville expliquent aussi l’importance de la ségrégation de l’espace et le comportement des familles vis-à-vis de la carte scolaire.

Danièle Trancart, qui a analysé plusieurs départements français, montre que la forte tradition ouvrière de solidarité dans la Loire est l’un des facteurs expliquant de moindres tensions autour de la carte scolaire. De la même manière, les chercheurs Marco Oberti et Edmond Préteceille constatent que le modèle des classes moyennes cherchant l’entre soi est trop schématique. Elles évoluent en réalité dans un contexte assez mixte et n’ont rien à voir avec les classes supérieures parisiennes.

L’AEF : Cela signifie-t-il que la carte scolaire pose moins problème en province qu’à Paris ?

Marie Duru-Bellat : Disons que les problèmes liés à la sectorisation sont durcis à Paris et lissés en région. Nous avons également constaté lors de cette journée scientifique que les résultats sont très différents selon le niveau d’observation. Des départements peuvent être assez peu ségrégués mais comporter des zones de ségrégation. En Île-de-France, les cadres du privé et les cadres du public ne se comportent pas de la même manière vis-à-vis de la carte scolaire. Selon la focale que l’on prend, on ne va pas obtenir les mêmes résultats.

Ce qu’il nous faudrait aujourd’hui, ce sont des recherches pour comprendre comment est construite la carte scolaire, car depuis qu’elle est dévolue aux conseils généraux pour les collèges, elle est devenue une question politique. Or très peu d’analyses nous expliquent comment cela fonctionne.

L’AEF : Que pensez-vous de la volonté du président Nicolas Sarkozy de proposer 20% de secteurs hors carte scolaire dès la rentrée 2007 ?

Marie Duru-Bellat : C’est une façon d’entériner l’idée que les écoles ne sont pas égales et de baisser les bras un peu vite sur les inégalités de qualité des écoles. Cela n’améliorerait pas les performances des élèves et risquerait d’augmenter les inégalités. En définitive, cette réforme ne ferait que répondre à la demande d’une frange très particulière de parents, qui vit surtout en région parisienne. Il ne faudrait pas que toutes les politiques éducatives soient pensées à la seule échelle de Neuilly-sur-Seine...

D’autres pays ont choisi de remettre en cause la carte scolaire, certains États des États-Unis par exemple. Mais les zones de libre choix sont souvent très organisées. Quand tous les parents sont obligés de choisir et que les écoles ont certains quotas sociaux ou raciaux à respecter, la ségrégation sociale au sein des écoles peut s’en trouver réduite par rapport à un système de "zoning" (de carte scolaire) qui entérine une forte ségrégation spatiale.

L’AEF : Cela veut-il dire qu’il ne faut pas toucher à la carte scolaire en France ?

Marie Duru-Bellat : Il ne faut pas s’arc-bouter sur la carte scolaire mais la redécouper, car aujourd’hui, elle a tendance à entériner la ségrégation spatiale. On ne saurait la défendre dès lors que certaines parents, dans les zones les plus défavorisées, se sentent enfermés. Les élus pourraient travailler à un redécoupage en camembert en lieu et place des cercles concentriques allant d’un centre chic à des banlieues populaire ; certaines municipalités, Chalon-sur-Saône, se sont lancées dans ce travail.

Par ailleurs, on assiste souvent à une valorisation un peu béate de la mixité sociale. Se traduit-elle systématiquement par une réelle interaction des gens ? Y-a-t-il vraiment circulation du capital social ? Les travaux récents montrent qu’elle peut avoir des effets brutaux lorsque des enfants de milieux populaires atterrissent dans des établissements chics. Il faut donc accompagner la mixité d’un travail éducatif dans les écoles.

Sur le site de l’IREDU, Marie Duru-Bellat synthétise les apports de la recherche en matière d’effets sur les élèves de la ségrégation sociale dans les établissements scolaires : www.u-bourgogne.fr/index/front_office/index_co.php ?bg=2&site_id=120

 

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