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14 octobre 2007

Arrestation d’un enfant de sans-papier à l’école école Ferdinand-Buisson de Montauban

RESF Montauban

Arrestation d’un enfant de sans-papier à l’école

école Ferdinand-Buisson de Montauban

Richard Moyon et Dominique Liquette (RESF)

Selani et Vjolce Vera, albanophones de nationalité serbe, sont arrivés en France en 2003 comme demandeurs d’asile. Leurs deux enfants, Marseda (8 ans) et Armen (7 ans) sont scolarisés à l’école Ferdinand-Buisson de Montauban. C’est là que le plus jeune des enfants a été arrêté contre la volonté des enseignants à qui la police a d’abord tenté de faire croire que les parents avaient eu un accident puis affirmé détenir une commission rogatoire qu’elle n’a toutefois pas montrée.

Quoi qu’il en soit, les faits sont inacceptables. Les ministres, y compris M. Sarkozy quand il était au ministère de l’Intérieur, se sont publiquement engagés à maintes reprises à ce que les enfants et les parents sans papiers ne soient arrêtés ni dans les écoles ni à leurs abords. Le stakhanovisme de Monsieur Hortefeux en matière de chasse aux étrangers sans papiers conduit à des dérives dangereuses dans ce domaine comme dans de nombreux autres. Rafles, arrestations à domicile, convocations piège, test ADN, sans papiers menacés d’être interdits d’hébergements d’urgence, atteintes au droit d’asile, quotas d’immigrés par nationalité, objectifs quantifiés d’arrestations et d’expulsions, pression sur les sans papiers telle qu’elle conduit certains d’entre eux à préférer risquer de passer par la fenêtre plutôt que d’avoir affaire à la police française et maintenant arrestation d’enfant à l’école, c’est à une véritable traite des humains que conduit la volonté de Monsieur Hortefeux d’honorer son titre de ministre de la Rafle et du drapeau. La famille Vera et ses deux enfants doivent être libérés de la prison pour étrangers (centre de rétention) dans laquelle ils sont enfermés. La place des enfants n’est ni au commissariat ni en prison. Richard Moyon

Une interpellation d’enfant d’un couple albanais, sans papiers, a eu lieu mardi 25 septembre dans l’école Ferdinand-Buisson à Montauban, dans des circonstances pour le moins troublantes dans une démocratie.

Les parents venaient d’être arrêtés avec leur fille aînée, Marseda, 8 ans, apparemment lors d’un contrôle routier. Le commissaire de police de Castelsarrasin prétend pourtant qu’ils ont été arrêtés en flagrant délit de vol, et s’est empressé de le faire savoir à la presse. Renseignement pris auprès de l’avocat de la famille, ce vol n’est pas avéré : il n’y a pas eu de flagrant délit, ni de dépôt de plainte.

Nous tenons à faire savoir dans quelles conditions s’est déroulé « l’enlèvement » d’Armen, 7 ans. Deux policiers se sont présentés dans l’école. Ils se sont adressés au directeur en lui déclarant que les parents d’Armen avaient eu un accident et qu’ils venaient chercher l’enfant. Le directeur, inquiet, après de nombreuses questions sur l’état de santé des parents, s’est finalement entendu dire que les parents étaient au commissariat de police de Castelsarrasin. Il a donc refusé de laisser partir l’enfant en l’absence des parents. Puis il en a référé à son inspecteur d’académie qui l’a d’abord soutenu.

Après des contacts entre la police et l’Inspection académique, cette institution de l’Education nationale a affirmé au directeur de l’école qu’il y avait une commission rogatoire pour placement d’enfants et que l’enfant devait être remis aux policiers. C’est ce qui s’est passé : Armen, 7 ans, a quitté l’école, encadré des deux policiers en uniforme et en armes, au milieu des autres enfants et des parents en pleine sortie des classes. A ce jour, personne n’a vu cette commission rogatoire.

L’enfant a été conduit au commissariat, et malgré la promesse faite, il n’a pas été présenté à ses parents. Marseda, sa sœur aînée, a été violemment arrachée à ses parents, et les deux enfants ont été placés en foyer par l’aide sociale à l’enfance. Avaient-ils une ordonnance de placement ? Elle ne figure pas, en tout état de cause, dans le dossier de la famille que l’avocat détient. Dès mercredi midi, la famille, parents et enfants, ont été placés en Centre de Rétention Administrative. Les conditions de l’arrestation et la détention sont un traumatisme majeur pour ces enfants et leurs parents. L’inspection académique aurait demandé aux enseignants de ne pas témoigner par rapport à ce vécu.

Le RESF compte bien interpeller les différentes institutions concernées, afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce que l’on peut bien appeler : une « arrestation d’enfant ». Les droits des enfants ont été bafoués, la défenseure des enfants alertée.

Mail d’un PE2 de Montauban et transmis à l’IUFM de Tarbes ... Objet : Marseda

Bonjour,

Un mot sur ce que j’ai vécu jeudi matin en arrivant dans ma classe. Des élèves en pleurs, d’autres surexcités, de la tension et de la fragilité dans mon groupe CE2 L’instit du CE1 m’avait prévenu juste avant, à 8h, pendant que je m’escrimais entre photocopieuse et massicot : tu n’auras pas Marseda aujourd’hui, ses parents vont être expulsés aujourd’hui, les policiers sont venus chercher son petit frère à l’école mardi soir à 17h. J’ai noté l’information mais j’étais surtout concentré sur le déroulement de ma séance de math, "comparer des longueurs sans règle graduée". A peine les enfants assis en classe j’ai compris que ma séance millimétrée eh bah je pouvais m’asseoir dessus. Suzanne en larme me tend un dessin qu’elle a fait pour Marseda. Hugo violent dans ses paroles : « les flics sont venus chercher son petit frère à l’école on ne reverra plus jamais Marseda, elle va retourner en Albanie où c’est la guerre ». Fikria invectivant le reste de la classe : « Evidemment maintenant tout le monde aime Marseda »… Je demande aux enfants de m’expliquer calmement ce qui se passe. Je leur situe l’Albanie sur la carte. J’explique à Johan pourquoi il ne s’est pas fait arrêter quand il est allé en vacances au Portugal. On parle des papiers, de la nécessité des papiers, des passages difficiles qu’on peut traverser dans une vie. Je dis que la situation est complexe pour mettre fin au débat pro sarko/anti sarko. Je parle de l’injustice que je ressens : sortir brusquement une élève d’une classe, que les enfants connaissent depuis plus d’un an, bien intégrée dans sa classe, parlant bien le français puisque je ne m’était pas douté une seconde que Marseda était d’origine étrangère.

L’après midi, le directeur de l’école, également l’instit de cette classe, est venu en classe parler de la situation, qu’il connaît bien puisqu’il était là quand les policiers sont venus mardi soir à 17h. Il répond à toutes les questions des enfants, rassurent ceux qui ont peur pour leur propre sort. ( !) Il leur dit qu’il a vu Marseda, Armen et leurs parents au centre de rétention de Cornebarrieu, que le papa de Marseda s’est fait arrêté lors d’un contrôle routier. J’écoute avec attention ce dialogue entre la classe, apaisée, et leur maître. C’est fort, ces 10 minutes. Je mesure sans double décimètre la richesse de ce métier. Puis le directeur s’en va et les enfants dessinent et écrivent des textes qui seront transmis à Marseda. Evidemment je ne corrige pas les fautes d’orthographe mais ils peuvent me demander d’orthographier des mots au tableau. La seule demi heure de calme de la journée. Mais pendant que les enfants dessinent en silence je sens en moi monter la colère.

Le lendemain une marche était organisée à 17h depuis l’école Buisson jusqu’à la préfecture, marche de protestation contre l’expulsion de cette famille. Associations, enseignants, parents d’élève, 300 en tout, c’est beaucoup pour Montauban. J’apprends que la famille de Marseda est en France depuis 3 ans, que le petit Armen n’a jamais été scolarisé en Albanie mais seulement en France. Que toute aide de l’état a été supprimée pour cette famille depuis quelques mois, famille qui depuis erre de centre pour sans domicile fixe en famille d’accueil, qui vit de la générosité de quelques parents d’élèves ou associations, famille qu’on a vu dormir dans sa voiture aux abords de l’école. En écoutant les discours à la préfecture je ne peux m’empêcher de penser à ce poème « liberté » d’Eluard, il faut que je le fasse avec les CE2, maintenant c’est trop tôt, mais plus tard dans l’année « sur toute chair accordée, sur le front de mes amis, sur chaque main qui se tend, j’écris ton nom ». Quand même ! Pourquoi envoyer des policiers chercher Armen à l’école (Marseda était malade et avec ses parents), devant les autres enfants ? Pourquoi séparer les enfants de leurs parents le mardi soir et la nuit de mardi à mercredi ! Est-ce juste de l’indifférence ? Est-ce volontaire ? Faire peur ?…

Le soir, sur la table de la cuisine, je tombe sur la toute récente lettre du président de la République Française aux éducateurs. « …Que voulons-nous que deviennent nos enfants ? Des femmes et des hommes libres, curieux de ce qui est beau et de ce qui est grand, ayant du cœur et de l’esprit, capables d’aimer, de penser par eux-mêmes, d’aller vers les autres, de s’ouvrir à eux… ». Nausée.

Voilà, il fallait que ça sorte… un peu de soleil, les températures qui remontent. Je vous souhaite un bon dimanche. On aimerait chanter, avec Barbara : « Regarde, quelque chose a changé, l’air semble plus léger, c’est indéfinissable ». Bien à vous, Olivier

 

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